Lettre ouverte de la société civile au
Représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies en RDC.
Objet : Expression
des frustrations de la population Congolaise.
Excellence Monsieur le Représentant Spécial
Excellence,
Nous, organisations de la société civile du Nord-Kivu
et du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo, venons par cette lettre
exprimer notre frustration et celle de nos populations devant cette nouvelle
guerre injuste et inutile imposée par le Rwanda à notre peuple et à notre Nation.
Nous tenons avant toutes choses à féliciter
la MONUSCO pour avoir eu pour la
première fois depuis sa présence en RDC,
le courage de dénoncer, malgré
les pressions, l’implication directe du Rwanda dans la guerre actuelle.
Aujourd’hui le rapport du panel de l’ONU
vient en effet de confirmer que la prétendue rébellion du M23 n’est encore qu’une initiative criminelle du Rwanda
et une reconversion grossière du CNDP en violation de l’accord du 23 mars 2009
qu’il revendique et dont le respect par le gouvernement est bien connu des Nations
Unies. Il faut en tirer sur le plan du droit international toutes les
conséquences, en particulier, exiger le retrait immédiat et sans conditions des
troupes rwandaises et infliger au Rwanda des sanctions appropriées.
La guerre actuelle est donc encore une fois le
résultat de la conspiration du Rwanda contre la République Démocratique du
Congo. L’invasion de la RDC par le Rwanda, en violation du droit international public
et de la Charte des Nations Unies et des peuples, mérite une attention
particulière.
Cependant, notre grande frustration et celle de nos
populations est la manière dont la
mission des Nations Unies se comporte depuis des années chaque fois
qu’une crise pareille se présente. La MONUSCO hésite à utiliser ses
prérogatives inscrites dans le Chapitre VII.
Depuis plus de 14 ans maintenant, Il y a
disproportion non justifiable et
inacceptable entre le nombre des troupes
des Nations Unies en RDC et son incapacité à protéger les populations civiles
qui encore aujourd’hui sont dispersées à coups de canon, fuient dans tous les
sens et exposées à la pluie et au froid du Kivu Montagneux. Ces milliers de personnes déplacées devraient
interpeller toute conscience et susciter
un engagement sans équivoque et encore plus forte de la MONUSCO.
Excellence, vous vous souviendrez que cette pratique
désormais courante du Rwanda d’envahir directement ou par procuration l’Est de
la RDC n’est pas la première. Et à chaque fois, la mission des Nations Unies se
comporte de la même façon, se limitant à des opérations symboliques sans impact
réel sur les évènements.
En mars 2003 la MONUC était
spécialement mandatée en Ituri « pour suivre l'évolution de
la situation sur le terrain, (…) [et] fournir un appui et une assistance accrus
en faveur des efforts humanitaires ainsi que faciliter la formation de la
Commission de pacification de l'Ituri et l'aider à mener à bien ses activités »
(résolution 1468).
Le 9 mai 2003, le
siège de la MONUC à Bunia est pris pour cible.... le personnel onusien ainsi
que les organisations humanitaires sont évacués. Il aura fallut que Le Conseil de sécurité fasse appel en urgence au déploiement d'une
force multinationale intérimaire européenne, ...pour « assurer
la protection des personnes déplacées se trouvant dans les camps de Bunia et,
si la situation l'exige, de contribuer à assurer la sécurité de la population
civile, du personnel des Nations Unies et des organisations humanitaires dans
la ville » (résolution 1484). Cette première mission de l'Union Européenne,
dénommée Artémis, était forte de 1800 hommes et fut opérationnelle du 12
juin au 1er septembre 2003. Elle
fera la différence.
Dans la
perspective de la reprise du contrôle de l'Ituri par la MONUC, le Conseil de
sécurité avait encore augmenté les effectifs jusqu'à 10 800 personnes et l'autorisé dès juillet « à utiliser tous les moyens
nécessaires pour s'acquitter de son mandat dans le district de l'Ituri et, pour
autant qu'elle l'estime dans les limites de ses capacités, dans le Nord et le
Sud Kivu »
(résolution 1493).
Malgré cette invitation, le
scénario se répéta en mai-juin 2004
lorsque le général dissident Laurent
Nkunda (CNDP) et le colonel Mutebutsi, occupèrent la ville de Bukavu pendant
plus d'une semaine et soumirent la population aux pires exactions sans que les casques
bleus ne sortent de leurs casernes.
Le
Conseil de sécurité adoptera encore une fois le 1er
octobre 2004 la résolution 1565 qui redéfinissait
et renforçait le mandat et les missions de la MONUC. Les effectifs
ont augmenté à nouveau considérablement jusqu'à plus de 16 700 hommes.
Et
pourtant en Octobre 2008, le CNDP assiège la ville de Goma protégée par la MONUC.
La mission des Nations Unies est mise à nue.
Aujourd’hui, c’est la même
situation. La résolution 2053, vous demande de faire de la protection des
populations civiles votre priorité, d’utiliser des mesures innovatrices pour
arrêter les criminels de guerres principalement ceux présents au sein du M23,
d’avoir des forces de réserve capables de se transporter aux lieux des conflits
et de soutenir l’action des FARDC. Notons que la plupart de chefs des bandes armées qui endeuillent nos
populations sont des présumés auteurs des crimes au droit national et
international.
La
résolution stipule aussi que la justification
de la présence de la MONUSCO en RDC sera fonction de l’amélioration de la
situation sécuritaire.
La guerre
actuelle est donc pour nous le dernier test. Le Rwanda vient de récidiver, il se moque de la
communauté internationale et humilie les troupes des Nations Unies, tue
certains de ses soldats en toute impunité.
Nous,
organisations de la société civile, ne pouvons plus comprendre ni accepter
qu’avec 17.000 casques bleu, les Nations Unies ne puissent pas appuyer
efficacement les FARDC face à l’agression du Rwanda. Nous ne pouvons ainsi comprendre
comment avec des unités spéciales népalaises, pakistanaises, les hélicoptères
de combat, les chars…, vous n’apportez
pas suffisamment d’appui aux FARDC.
Cette
lettre, Excellence est pour dire que notre peuple en a marre. Si la situation continue
il sera dans l’obligation de se prendre en charge.
Prenez donc vos responsabilités. Arrêtez l’invasion des
troupes Rwandaises, car la patience de notre peuple a atteint ses limites.
Nous gardons confiance aux Nations Unies. Nous gardons
malgré tout confiance à la MONUSCO et savons qu’elle peut faire beaucoup plus
qu’elle ne fait aujourd’hui. Nous
attendons d’elle une action rapide et conséquente.
Fait à Goma, le 09 juillet 2012
No comments:
Post a Comment